L’effet placébo

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  • 14 avril 2019

« Ce que je fais avec mon violon de 1723, je ne pourrais pas le faire avec un instrument moderne! » Cette phrase, je l’ai souvent entendue dans les propos de très bons musiciens. Les grands concertistes ne sont à l’aise qu’avec leur stradivarius, même s’ils reconnaissent quelques qualités aux instruments modernes. Qu’en est-il? Est-il vrai que ces instruments de plusieurs siècles ont quelque chose que n’ont pas les autres? Outre leur grand âge et le fait d’avoir été joués par des virtuoses, sont-ils dotés de qualités particulières liées aux secrets des anciens luthiers?
Dans ce cas, pourquoi, dans les auditions à l’aveugle, quand le musicien ne sait pas quel instrument il joue et que sur cinq violons, un seul est un stradivarius véritable, jamais aucun musicien, ni aucun musicologue ou expert présents n’ont pus reconnaitre le stradivarius et le placer en tête des autres instruments? Car la réalité est bien là : jamais dans ce genre d’audition, un violon de Stradivari ne s’est placé en tête. Et, curieusement, c’est toujours un instrument moderne qui a gagné!
Alors, est-ce bien vrai que le musicien peut faire « certaines choses » avec son stradivarius qu’un instrument moderne ne peut pas traduire? Je ne le crois pas. N’y aurait-il pas un effet placébo? Cette question, je me la pose tous les jours.
A l’inverse cette même volonté « d’entendre » existe chez les amateurs de musique. Ainsi, le père d’un jeune homme très doué, qui joue un instrument à moi, m’a dit un jour, à la sortie d’un concert: »J’ai cru entendre un stradivarius sous les doigts de mon fils! »
Je n’ai pas la prétention de construire des violons qui sonnent aussi bien que les anciens stradivarius, même si je garantis la qualité sonore de mes instruments et que pas un seul ne sort de mon atelier tant que je n’en suis pas satisfait, mais je pense qu’il y a là aussi un effet placébo.

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