Des instruments neufs, pourquoi ?

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Rares sont les luthiers modernes qui s’adonnent uniquement à la construction d’instruments neufs. La plupart réparent, restaurent des instruments anciens et permettent ainsi à l’immense patrimoine musical de survivre aux siècles. Beaucoup de musiciens rêvent de posséder un violon de la grande époque de Crémone, même s’ils ne sont pas tous au niveau de leur renommée.

Moi, j’ai choisi un autre chemin, celui de la création et cela peut paraître un choix suicidaire au moment où les instruments d’importation envahissent le marché à des prix qui sonnent le glas de la lutherie française, pourtant une des meilleures du monde.

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Combien de fois ai-je entendu mes amis musiciens remettre ce choix en cause : « Mais pourquoi tu construits des instruments neufs alors qu’il en existe une pléthore d’anciens de très bonne qualité ? » A cette question, je réponds volontiers : « Pourquoi écrire de nouveaux romans alors qu’il en existe tellement et qu’un lecteur n’aurait pas assez de sa vie pour les seuls chefs-d’œuvre ? »

ACHETER UN INSTRUMENT NEUF, C’EST MIEUX !

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Oui, c’est mieux d’acheter un instrument construit pour soi par un luthier et j’en donne les raisons.

Ce qui est sûr, et mon expérience me l’a montré à plusieurs reprises, c’est qu’un violon neuf subit l’influence de celui qui le joue, qu’il en adopte la technique, qu’il ajuste ses réactions à celles du musicien. Et les grands violonistes « éduquent» leur violon en fonction de leur musicalité. Tous les grands violons de l’époque de Crémone ont été joués pendant trois siècles par une chaine de grands musiciens.

A un niveau plus abordable, pour un musicien moyen, un instrument neuf devient « son » violon, qui correspond exactement à sa manière de jouer. Ce n’est pas toujours possible avec un instrument d’occasion qui « a une mémoire ».

Le violon, alto et violoncelle sont des instruments très personnels. Ils sont le prolongement du musicien ; ils l’accompagnent dans sa vie et évoluent avec lui. Quand ils sont construits uniquement pour ceux qui vont les jouer, ils deviennent irremplaçables. Cette appropriation est aisée avec un instrument neuf qui n’a été joué par personne. Il grandit avec son propriétaire, comme un enfant qu’on éduque. Car s’il est vrai que la qualité d’un instrument s’entend au premier coup d’archet, il a malgré tout besoin de vibrer pour gagner sa pleine sonorité. Et cela va très vite.

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Mais les instruments neufs ont aussi quelques inconvénients.

D’abord, ils bougent. En tous cas les miens. Sous la pression des cordes, ils se modifient légèrement et perdent un peu de leur sonorité au bout de quelques semaines ou quelques mois d’utilisation.

Un second réglage est donc nécessaire. L’âme trop courte doit être changée. Il se peut aussi que la touche devienne trop basse par rapport aux cordes et il faut la surélever. Tous ces inconvénients n’existent pas sur les instruments anciens déjà rôdés, et sur les instruments d’importation fabriqués en grandes séries et collés avec des colles dures. Ils sont propres aux instruments de luthier, fabriqués à la main avec ses imperfections, mais cette fragilité est largement compensée par une qualité de son et une personnalité qui en font les véritables compagnons des musiciens, capables de traduire avec précision leurs sentiments les plus subtils.

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Violon pour tous - Créé par Maxime Ronceray