Mon atelier

Je ne suis pas très ordonné. Mon atelier est souvent un big bazar, mais les violons y sont partout. Je possède peu d’instruments d’avance. Je travaille surtout sur commande, préférant adapter l’instrument à construire au musicien qui le jouera.

   La démarche qui consiste à passer du bois brut à l’instrument terminé est assez longue et parfois compliquée, mais j’ai toujours beaucoup de bonheur à la faire. Et de l’anxiété. Construire un violon, c’est souvent comme écrire un roman: on sait quand on commence, mais pas quand on finit. Parfois tout va bien, une sorte d’état de grâce guide la main et le rabot; parfois rien ne va, alors on se sent plus démuni que le premier débutant. Le bois ne cède ses secrets qu’à force de contrainte. Mais quel bonheur quand l’instrument terminé sonne entre les mains d’un musicien. Je n’en demande pas plus.

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Tout commence par le dessin sur le bois brut juste déligné. Ici le manche. Ce n’est pas forcément par lui que je débute la fabrication, mais c’est un travail assez long qui demande de l’attention et un certain coup d’oeil pour réussir la volute. Cette partie du violon, purement artistique est caractéristique du luthier. Sans le vouloir, il imprime sa personnalité, et d’un manche à l’autre, on retrouve souvent les mêmes caractéristiques. Mais le violon tout entier n’échappe pas à son auteur.  Les violons d’un même luthier ont des tas de détails qui le « signent » et font qu’un expert se trompe rarement.

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   La construction passe par différentes étapes. Le corps du violon est construit autour d’un moule qui en donne la forme. On colle d’abord les quatre coins dans les entailles du moule, puis on colle les éclisses pliées au fer chaud. Lorsque les conte éclisses sont posées du côté du fond, j’enlève le moule. Il est temps de coller les éclisses côté table, d’enlever le bois en trop des coins et des tasseaux du haut et du bas. Le fond est mis en forme d’abord par ce qu’on appelle « le rognage » qui définit grossièrement la voute, puis au rabot et au racloir. Quand le fond est prêt, il est collé aux éclisses

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Ici vous voyez la table et le fameux compas d’épaisseur indispensable pour mettre à la bonne côte les différentes parties. Le fond n’est pas uniforme, il part, au centre d’une épaisseur voisine selon les bois de 4,5 mm pour diminuer à mesure qu’on se rapproche des bords. Le principe de la goutte d’eau qui fait des ondes: celles-ci arrivent sur les les C avant le haut et le bas, ce qui signifie que la partie centrale est un peu plus épaisse.  Sur cette table, les filets sont posés, les ouïes percées, mais il reste beaucoup de travail de ponçage et de finition, notamment les coins qui doivent être mis soigneusement en forme pour l’élégance de l’ensemble.

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L’instrument est presque terminé, ici un alto de 41 cm. Il n’est pas collé: la table est tenue par les vis à tabler, le manche est à sa place, mais pas collé non plus. La touche est provisoirement collée sur le manche avec une goutte de colle rapide. Ce premier aspect est déjà une grande récompense pour moi. Mais il reste encore beaucoup à faire avant que l’instrument ne pousse son premier cri, notamment la mise en forme et la fixation des ouïes

Le réglage du renversement. La table est collé, mais pas le manche. Ce renversement de 26 mm à la place du chevalet doit être réglé avec précision. De lui dépend en partie la qualité du violon. Mais bien d’autres détails ont une influence déterminante. En lutherie, l’essentiel est toujours dans le détail. Vous pouvez remarquer, à droite, une balance de cuisine. Le poids de l’instrument est aussi décisif. Trop lourd, il sonne sombre, trop léger, sa voix n’a pas de consistance. Le violon, mis au point empiriquement par des générations de luthiers et pendant plusieurs siècles a des caractéristiques bien définies. Le poids de chaque élément en est une déterminante. Ce poids, me renseigne aussi sur les bonnes épaisseurs à donner au fond et à la table.

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Violon pour tous - Créé par Maxime Ronceray