Mon bois

Stradivari allait choisir lui-même ses arbres dans la forêt. Et il reprochait à ses collègues de Crémone de ne pas faire la même chose et que c’était pour cela que leurs instruments étaient moins bons que les siens.

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Un Épicéa de résonance du Jura à 1300 mètres d’altitude au milieu des feuillus.

Je fais la même chose car pour moi, la construction d’un violon commence dans la forêt. Les arbres ont une voix, un son que l’on retrouvera dans les violons futurs. Certains chantent bien d’autres pas

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« Il faut avant tout entendre sa voix. »

Ces arbres que l’on dit de résonnance, les anciens bûcherons les connaissaient bien : ils les mettaient de côté dans une coupe et les vendaient pour leur compte à des luthiers qui les payaient beaucoup plus cher que du bois de menuiserie.

C’est un de ces vieux forestiers qui m’a appris à écouter les arbres et à savoir s’ils sont aptes à la construction d’instruments de musique.

L’ERABLE

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Un sycomore ondé de l’Est de la France. l’écorce à été enlevée par endroit pour mesurer la profondeur des ondes.

Je préfère l’érable sycomore parce qu’il est plus beau, plus nerveux que l’érable plane et se comporte avec plus de franchise sous l’outil.

Cet arbre est relativement commun dans toutes les régions de France, mais sa zone la plus favorable se situe dans l’est, Lorraine, Ardennes, Suisse etc. On trouve de très beaux érables en Europe centrale.

Au XIXème siècle, avec les usines à violons de Mirecourt, les forêts de l’est de la France ont été dévastées de leurs arbres. Puis Mirecourt n’a plus produit de violons et les arbres trop jeunes pour être utilisés ont mûri, ce qui fait que de nos jours, point n’est besoin d’aller très loin pour trouver de beaux sycomores.

Le sycomore doit cependant pousser en futaie, sur un sol plutôt pauvre et sur des pentes plutôt orientées vers l’est, mais ce n’est pas indispensable. Il ne doit surtout pas y avoir une source à proximité et cela se voit facilement en fonction des herbes qui poussent tout autour. Mes derniers arbres viennent de la région de Commercy où se trouve un terroir très favorable même si les sycomores n’y sont pas très nombreux.

Je choisis de préférence des sycomores ondés pour la beauté, mais des bois peu ou pas ondés peuvent sonner tout aussi bien.

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L’EPICEA

A ne pas confondre avec le sapin qui a pourtant servi à construire beaucoup de « mirecourt » et reste de qualité inférieure à son cousin l’épicéa.

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Le mien vient des forêts du Jura. Il pousse entre 1200 et 1500 mètres là où il est en concurrence avec les feuillus, le hêtre principalement. Cette concurrence, sur des sols maigre, rocheux où les arbres souffrent, oblige l’épicéa à pousser très vite, tout en longueur pour avoir sa part de lumière entre les branches étouffantes des feuillus. Cela donne des arbres de plus de trente mètres de haut, sans branches, très droits. Le fait de pousser sur des sols pauvres et le climat rigoureux ralentissent leur croissance. Un bon épicéa pour la lutherie a plus de deux cents ans. La végétation tout autour du tronc renseigne sur la nature du sol, l’humidité, etc.

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Mais tous les épicéas ne conviennent pas à la lutherie. Il faut aussi écouter leur voix, le son qu’émet le bois quand on le frappe après avoir enlevé la mousse et l’écorce superficielle.

Un épicéa de résonnance a un son clair, « en dehors », il s’entend à plusieurs centaines de mètres.

Tous mes arbres sont coupés à l’automne, en lune descendante à des dates précises choisies par les anciens bûcherons qui savent de quoi ils parlent. Ils sont fendus en quartiers et sèchent chez moi naturellement pendant plusieurs années. A ce propos, il est faux d’affirmer que les bois les plus vieux sont les meilleurs. L’âge ne change rien à ses qualités –ou défauts- naturels Un bon bois a entre dix et vingt ans, au-delà, il perd lentement ses qualités sonores.

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J’ajoute que j’utilise aussi l’aulne pour les parties intérieures de mes instruments : tasseaux, coins, contre-éclisses. L’aulne, ultra commun au bord des rivières a beaucoup de qualités sonores. De plus, il est peu fendant et facile à travailler. Stradivari l’utilisait, il avait sûrement ses raisons. Lorsque j’étais enfant, Maugein, facteur d’accordéons à Tulle achetait des aulnes pour l’intérieur de ses instruments.

Le bois fendu en grosses bûches est mis à sécher dans un lieu aéré.

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Le luthier se fait parfois aussi bûcheron.

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Violon pour tous - Créé par Maxime Ronceray